Notre collectif, une structure en tenségrité ?

A la question "Quel mot pourrait définir ce que nous vivons dans le collectif des Réveilleurs d'histoires, comment se vivent les liens que nous tissons ? " Christiane Dehouck, notre amie praticienne narrative, a répondu par ce mot un peu bizarre, ce mot valise issu de la contraction des mots « tension » et « intégrité ».
La tenségrité est un concept qui nous vient du monde architectural et structural.
Il s'agit d'une caractéristique souple et mobile, il s'agit d’élasticité et d’équilibre dans une construction.
Notre collectif est une architecture humaine, toujours en évolution. Sa dynamique repose sur un processus en tension, un protocole relationnel qui met en jeu : inclusion, tenségrité, déclusion et concrétisation.
La tenségrité au sein du collectif, une intervision narrative
1. L’inclusion: une entrée ritualisée dans notre collectif. Des images, des objets comme porte d'entrée pour se connecter
2. Le concept de tenségrité permet de saisir les relations qui se construisent au sein du collectif. Les personnes se tiennent ensemble, en relation. Elles restent identifiables et chacune libre d’action. La particularité est que ce qui bouge à un endroit de la structure se répercute sur l’ensemble. Cela la fait vibrer. Cette structure renonce à la loi du nombre ou la loi du plus fort. Elle permet la responsabilité individuelle, le relais, la co construction. Elle offre une contenance, une cohérence, une ritualisation et des réajustements pour maintenir la structure vivante.
Nous sommes dans un espace d’expérimentation qui aboutit à du concret.
Tensions et résistances font partie de l’ensemble et quelque part le maintiennent.
Ils peuvent être des leviers et permettre l'action particulière dans le concret des pratiques de chacun.
Il s’agit de comprendre le point de vue de l’autre, de dialoguer pour découvrir l’origine de la résistance, de répondre aux préoccupations et d’introduire des activités qui résonnent avec le plus grand nombre, qui s’alignent sur les objectifs qui fondent le collectif.
Il s’agit aussi de veiller à ce qu’elles aient du sens et d’offrir du choix et de l’autonomie pour ces activités.
3. La déclusion et la concrétisation
Au terme de la rencontre d'intervision, la personne riche de l’expérience partagée peut se détacher de cette structure vivante, entrer en action de façon autonome, concrétiser un projet. Elle reste dans le rayonnement du vécu et du projet collectif. Elle sait que cette structure existe et qu’elle peut y revenir pour se remettre en lien, s'y ressourcer.
La tenségrité, une façon de faire communauté
Faire collectivité, se retrouver, participer à des ateliers, des formations est une démarche tangible dans le monde actuel. C'est oser la solidarité, la contreverse et la confrontation de mondes divers.
C’est un acte citoyen conscient où je suis présente et où je peux être active dans le concret et le sensible. Cela implique pour moi de la contrainte que je peux surmonter par l’imaginaire, la créativité qui ont une grande place dans nos échanges.
C'est parce que chaque rendez-vous est une invitation à mettre en tensions mes connaissances et mes ignorances que je grandis avec mes pairs.
Christiane Dehouck


